Imprimer Envoyer cet article à un ami


Annick Le Douget

Le portrait de la Fouesnantaise du mois de février 2012


Annick Le Douget : La passion de la justice

« Je suis née en 1954, dans une famille de 8 enfants à Langolen où mon père était sabotier. Après mes études secondaires à Quimper, c’est un peu par hasard que je me suis inscrite à la Faculté de droit de Brest. Après ma licence, j’ai été reçue au concours de greffière, une fonction où l’on est chargé de veiller à la régularité des procédures judiciaires. Pour mon premier poste, j’ai été nommée à Saint-Brieuc. En 1978, je me suis mise en disponibilité pendant cinq ans pour élever les deux enfants, Morgan et Ewen, que j’ai eus avec mon mari Yvon et pour l’aider dans son métier de céramiste. En 1993, les enfants grandissaient et j’avais plus de temps libre ; j’ai commencé à m’intéresser au passé de ma famille puis à la communauté villageoise de Langolen, mon village natal. J’ai appris à faire des recherches aux archives et je me suis dit que je pourrais écrire. J’ai mis cinq ans pour faire « Langolen, chronique d’un village de Basse-Bretagne ». C’était mon premier ouvrage, en 1998. J’ai commencé à me passionner pour l’histoire locale et je fais toujours partie de Foën Izella. Je suis actuellement la secrétaire générale de la Société Archéologique du Finistère. Pour l’an 2000, au tribunal, on a monté une exposition sur l’esclavage et la traite des Noirs en Basse-Bretagne. Je m’en suis inspirée pour écrire mon deuxième livre. « Juges, esclaves et négriers en Basse-Bretagne. L’émergence d’une conscience abolitionniste ». Au tribunal, le procès est un théâtre d’émotions où s’entrechoquent plusieurs aspects de la société. J’ai voulu aller au-delà du crime, comprendre comment on arrive à le commettre dans le cadre d’une société bien précise. Et j’ai publié « Femmes criminelles en Bretagne au XIXème siècle » en 2003. Un livre sur fond de violence, de misère, d’alcoolisme. J’ai commencé à toucher le public universitaire, à intervenir dans les colloques, à donner des conférences (une centaine en tout). Je cherche à faire apparaître la dimension humaine de la justice. En 2008, j’ai écrit « Justice de sang. La peine de mort en Bretagne au 19ème et 20ème siècle ». La dernière femme à avoir été exécutée dans le Finistère, en 1855, est une Fouesnantaise. Et puis mon dernier ouvrage vient de paraître : « Crimes et justice en Bretagne ». C’est un beau livre avec une riche iconographie. Je tente de mener une réflexion globale sur les relations que les Bretons entretiennent avec la justice. En 2008, j’ai repris mes études en sciences humaines et sociales avec une orientation celtique. Je me suis lancé le défi de soutenir une thèse sur les violences familiales dans le Finistère abordées sous l’angle des mentalités au 19ème siècle. J’y consacre tous mes week-ends et toutes mes vacances. La soutenance aura lieu au mois de novembre et devrait me permettre d’aboutir à l’obtention d’un doctorat. Après ? Bien des sujets n’ont pas été traités concernant le passé judiciaire breton : appréhension de la folie, violences aux enfants… Le monde de la justice est un univers fascinant ».